Terrorisme 2.0

Nous sommes rentrés dans une nouvelle ère. Une ère ou la violence n’a définitivement plus de frontières. Une ère ou le chaos et la peur se sont invités doucement mais sûrement dans le quotidien de millions de citoyens. Une ère ou le terrorisme ne frappe plus seulement à notre porte mais fait malheureusement désormais partie des meubles. Ce nouveau sentiment d’insécurité qui habite l’esprit de nombreux citoyens n’est pourtant que la conséquence d’une véritable métamorphose du terrorisme depuis une dizaine d’années. Façonné par l’émergence d’Al-Qaïda au début des années 2000, la lutte antiterroriste a pris un virage sans précédent ces derniers mois avec les attentats commis en France en Belgique ou encore au Mali. Ces attentats aussi violents qu’inattendus ont permis de démontrer à quel point les stratégies des autorités Nord-américaines et européennes sont dépassées en matière de lutte contre le terrorisme international. Cantonnés à une analyse partielle du terrorisme, ces autorités ont longtemps considéré cette menace comme lointaine et parfaitement identifiable. L’image du chef terroriste islamiste radical isolé dans sa lointaine montagne orientale et commanditant ses attentats depuis l’étranger a eu la vie dure chez de nombreux spécialistes de l’anti-terrorisme. Confortés par l’absence d’attentats importants depuis plusieurs années, les États occidentaux ont véritablement sous-estimé la capacité des organisations terroristes à se réinventer en ce début de 21ème siècle. Le bilan humain mais également les séquelles psychologiques laissées par les récents attentats permet d’attester de la nouvelle force de frappe de ces organisations criminelles mais aussi de leur grande ingéniosité. Presque omniscientes, ces organisations terroristes semblent capables de frapper n’importe où, n’importe quand sans que les services de renseignement n’ait pu déceler la moindre anomalie dans les systèmes de défense.

Ces nouvelles données nous permettent donc d’affirmer que nous faisons face à une nouvelle forme de terrorisme : un terrorisme 2.0. Un terrorisme mutant, un terrorisme mobile, un terrorisme moderne. Cette nouvelle forme de terrorisme doit être décortiquée à travers deux grands axes : 1) L’adaptation des stratégies terroristes à l’explosion technologique et l’essor du numérique 2) le caractère de plus en plus imprévisible et aléatoire des attentats ou l’instauration d’un climat de terreur.

 

  • 1- L’adaptation des stratégies terroristes à l’explosion technologique et l’essor du numérique

Les réseaux numériques constituent une place forte des activités terroristes. Échaudés par le démantèlement d’un nombre important de certaines cellules terroristes appartenant à Al-Quaïda, les nouvelles organisations terroristes font désormais de la Toile et des réseaux sociaux leur terrain de jeu privilégié. Sur internet, les réseaux terroristes bénéficient d’un espace conséquent pour pouvoir étendre leur influence et imposer leur vision du monde. Grâce à internet, le recrutement de potentiels candidats au «djihad» est d’une facilité presque déconcertante. Que ce soit à travers les sites internet spécialisés, ou les sites d’hébergement de vidéos tels que youtube et dailymotion, internet constitue un formidable outil de propagande à grande échelle pour les organisations terroristes. En quelques clics, des milliers d’individus mal intentionnés ont accès à une large palette d’informations leur permettant de suivre voire rejoindre des groupes terroristes à l’étranger. Mais l’usage des sites internet est loin d’être une stratégie exclusive. Les nouvelles organisations terroristes ont également pris d’assaut l’ensemble des réseaux sociaux existants afin de renforcer leur attrait auprès des jeunes. Facebook, Twitter, Instagram ou encore Snapchat sont une véritable aubaine pour ces groupements criminels qui peuvent communiquer plus facilement dans le cadre de l’élaboration de leurs projets criminels. Toutefois le véritable écueil pour les autorités étatiques réside dans l’utilisation de plus en plus fréquente des applications whatsapp, Telegram ou encore du Playstation Network pour se transmettre des informations sensibles relatives à la commission d’attentats terroristes. Whatsapp ou encore les réseaux Playstation sont d’une redoutable efficacité dans la mesure où les terroristes bénéficient d’un cryptage leur permettant d’éviter toute ingérence ou contrôle des services de renseignements. Les tragédies survenues à Paris et Bruxelles constituent d’éclatantes illustrations, dans la mesure ou Daesh s’était appuyé sur ces applications ou plateformes pour commettre l’ensemble de ses attentats. Cette situation génère une certaine frustration chez les différents services de renseignements qui mettent la pression sur les concepteurs de whatsapp et sur sony notamment afin d’accéder aux données cryptées utilisées par les terroristes.

  • 2- Le caractère de plus en plus aléatoire des attentats ou l’instauration d’un climat de terreur

Le terrorisme 2.0 n’est pas seulement un terrorisme reposant sur l’usage des outils numériques ou de télécommunications. Il s’agit également d’un terrorisme qui, tout en s’étant modernisé, a su paradoxalement revenir à ce qui constituait son essence même : instaurer et maintenir une forme de terreur au sein des sociétés qui sont attaquées. Cette terreur qui s’insinue progressivement et sournoisement au sein de la société touche l’ensemble de la population, qui, traumatisée par certains évènements dramatiques va développer des réflexes d’autoprotection. Aussi bien les politiques que le citoyen lambda sont systématiquement affectés car ils n’ont plus aucune maîtrise sur les évènements qui se produisent. Malgré le travail colossal des services de renseignement, les autorités donnent l’impression de subir les évènements comme si les attentats constituaient quelque chose d’inéluctable et d’imprévisible. Ainsi, les attentats commis récemment à Paris, à Bruxelles, au Mali, à Grand Bassam en Côte d’Ivoire et plus récemment à Istanbul, Bagdad et Nice en moins d’un an constituent de parfaites illustrations de l’impuissance des autorités locales dans leur faculté à anticiper d’éventuels attentats terroristes. C’est précisément cette incapacité à anticiper qui pousse une frange de la population et même une partie de la classe politique à penser que les attentats terroristes sont une fatalité. Or le terrorisme se nourrit de la terreur qui elle-même se nourrit de ces pensées obscures qui voudraient que les attentats soient des évènements auxquels il est impossible de faire face. Grâce aux attaques terroristes répétées, les terroristes ébranlent la capacité de résilience des individus qui les perçoivent désormais non pas comme des évènements conjoncturels mais structurels. Il s’agit malheureusement de la grande force du terrorisme nouvelle génération et à l’inverse le talon d’Achille des autorités actuelles. En instaurant un climat de terreur qui souligne l’incapacité des États à rassurer mais surtout assurer la sécurité de sa population, Daesh affaiblit de l’intérieur les autorités des états ciblés en décrédibilisant complètement leurs dirigeants.

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Ce contenu a été mis à jour le 19 octobre 2016 à 10 h 47 min.

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